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De Krishnamurti à Montaigne et Lao Tseu : s'échapper du conditionnement mental de notre esprit

Krishnamurti est un de ceux qui ont le plus montré notre dépendance et

notre conditionnement à percevoir l'environnement par l'entremise du

fonctionnement mental de notre esprit . .

Rien ne peut se passer sans que notre esprit effectue un filtrage par des

processus mentaux de ce qui se produit . C'est comme avec un appareil

photographique : il "voit" à travers les mailles , les grilles , de ses

définitions , ... , l'appareil fonctionne ainsi ...

Aussitôt que les filets mentaux sont projetés sur une situation , cela

modifie la nature de la situation .Par exemple , dit Krishnamurti :

On ne peut penser à la joie: c'est une chose immédiate. En y pensant ,

on la transforme en plaisir. La vie dans le présent est la perception

immédiate de la beauté et la délectation qu'elle comporte, sans la

recherche du plaisir qu'elle pourrait procurer.

(Se libérer du connu, p38)

tenter de résoudre les nombreux problèmes de l'existence à leurs

niveaux respectifs, isolés tels qu'ils sont dans leurs catégories, indique

un manque complet de compréhension.

(De l'Éducation, p.4)

Il met là l'accent sur la nature du procédé de mentalisation , qui fractionne ,

isole , range en catégories et sépare par des frontières , ce qui finit par

dénaturer complètement l'objet de l'observation .

Ou encore :

La liberté est un état d'esprit, non le fait d'être affranchi de « quelque

chose »; c'est un sens de liberté; c'est la liberté de douter, de remettre

tout en question; c'est une liberté si intense, active, vigoureuse, qu'elle

rejette toute forme de sujétion, d'esclavage, de conformisme,

d'acceptation.
(Se libérer du connu, p 69)

Ainsi , quand on "mentalise" le sens de la liberté , on réduit ce sens de la

liberté au fait d'être "libéré de quelque chose" , sans percevoir que cette

approche est caduque tant elle est partielle , limitée ; au sens de cette

approche , il faudrait être affranchi d'une infinité de choses pour être libre ,

et encore cela pourrait ne pas être suffisant tant il y a des infinis de nature

et de puissances différentes .

Mentaliser est notre conditionnement , qui nous empêche de percevoir une

sensation plus grande des phénomènes , et la liberté , nous dit Krishnamurti

est quelque chose de différent de ce que nous édicte notre faculté mentale ,

c'est un état d'esprit , "un sens de la liberté" si intense , actif et vigoureux

qu'il rejette toute forme de sujétion .

Il faut passer à travers les mailles , les réseaux d'écrans du mental , pour

arriver à aborder les faits avec une vision élargie , d'une autre nature .

C'est ce que nous disent en quelque sorte Socrate , Montaigne ou

Wittgenstein , soit , dans la formulation de ce dernier :

Mes propositions sont des éclaircissements en ceci que celui qui me

comprend les reconnaît à la fin comme dépourvues de sens , lorsque

par leur moyen – en passant sur elles – il les a surmontées ( il doit pour

ainsi dire jeter l'échelle après y être monté .)

Il lui faut dépasser ces propositions pour voir correctement le monde

(Tractacus , 6 , 54)

Krishnamurti poursuit :

Est-ce qu'une fleur, pleine de lumière, de beauté dit: « je donne, j'aide,

je sers » ? Elle « est » ! Et parce qu'elle n'essaie pas de faire quelque

chose, elle recouvre la terre.

(Se libérer du connu, p 102)

Si peu d'entre nous savent aimer ! Par contre, nous sommes très

absorbés par les apparences de l'amour.

(De l'Éducation, p 45)

Il faut de l'amour avant qu'il n'y ait l'expression de l'amour.
(De l'Éducation, p.61)

Les symboles ont pris la place de la réalité et nous en sommes heureux

car la réalité dérange tandis que les ombres réconfortent.

(De l'Éducation, p.84)

Etc ...

 

ll ne s'agit pas de faire le "blanc" dans notre esprit , d'essayer de stopper le

cours des pensées par un procédé d'imposition , mais de se dire qu'il est

temps d'arrêter l'agitation , de prendre une pose , de respirer , de se mettre

en retrait de nos précipitations .

"Lorsque l'esprit est complètement arrêté sans avoir été forcé de

s'immobiliser ou entraîné à la quiétude, lorsqu'il est silencieux parce

que le moi est inactif , alors il y a création. "

(De l'Éducation, p.125)

Mais nos conditionnements sont très forts , et la mentalisation immédiate

de nos sensations reprend vite le dessus , par cette vision que nous avons

qui isole et nous isole ; nous avons rarement la sensation que notre vision

forme un tout , que nous sommes dans ce tout , non comme un être qui

observe le tout , non comme une partie du tout , mais avec seulement la

sensation de fusion avec le tout , hors de toute sensation d'un soi et de

limitations :

"Créer une séparation entre ce qui « est », et ce qui « devrait être » est la

façon la plus illusoire de considérer la vie ".
(Se libérer du connu, p.81)

"Un esprit vivant est une esprit silencieux qui n'a pas de centre et, par

conséquent, ni espace ni temps. Un tel esprit est sans limites, et c'est la

seule vérité, la seule réalité".

(Se libérer du connu, p.111)

 

Krishnamurti invite ainsi à une sorte de méditation , qui n'est pas une

méditation au sens d'une spiritualité classique ( 1ère forme : faire le "blanc" dans

l'esprit en chassant toute pensée ; 2ème forme : laisser courir les pensées

en les observant avec bienveillance , jusqu'à ce qu'elles finissent par

sédimenter et reposer d'elles mêmes de leurs agitations) , mais une sorte

de méditation où l'esprit se fond dans son environnement au point de ne

plus faire qu'un avec cet environnement , au delà de toutes formes de

limitations .

Arriver ainsi à faire le break de ce conditionnement mental qui scinde ,

coupe , isole , établit des frontières , des catégories vite érigées en

dogmes , à dresser des arbitrages à partir de propositions arbitraires , à

fabriquer des images et des théories toutes faites , à avoir des préjugés

avant d'avoir des jugements ....

Répétons sa dernière formulation , qui se rapproche inexorablement des

propositions de Lao Tseu , Wittgenstein , Socrate ou Montaigne :

par exemple , Montaigne :

"J'appelle raison cette apparence du discours que chacun forge en

soi ; cette raison , de la condition de laquelle il peut y en avoir cent

contraires autour du même sujet , c'est un instrument de plomb et de

cire , allongeable , ployable et accommodable à tout biais et à toute

mesure " (Essais , II , 12 , p 215)

 

ou Lao Tseu .

No 56 (Tao Te King)

Celui qui a la connaissance ne parle pas

celui qui parle ne sait pas

 

Garde la bouche close , ferme tes sens

émousse ton tranchant , dénoue tes écheveaux

unifie les lumières et toutes les poussières

Là est le mystère de l'unité suprème

 

Krishnamurti (rappel) :

Un esprit vivant est une esprit silencieux qui n'a pas de centre et, par

conséquent, ni espace ni temps. Un tel esprit est sans limites, et c'est la

seule vérité, la seule réalité.

(Se libérer du connu, p.111)

 

 

En forme d'haïku , on peut proposer :

 

Se fondre

dans le silence du mental

en l'immensité d'un pétale

                                                  phirey@free.fr

 

 

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